TURNER

TURNER
"San Giorgio Maggiore at Dawn" (Image libre de droit extraite de "Web Gallery Of Art")

WILLIAM TURNER Joseph Mallord William (Londres 23 Avril 1775- Chelsea19 Décembre 1851)

Fils d’un barbier, contemporain du peintre Constable (11 juin 1776 East Bergholt, Suffolk – 31 mars 1837 Londres, peintre paysagiste britannique du XIXe siècle qui peint des représentations fidèles de la campagne Anglaise.), sa vie demeure assez obscure. Un homme étrange qui vécut seul, les dernières années de sa vie et qui mourut sous un nom d’emprunt dans une petite maison près de la Tamise où étaient rassemblées la plupart de ces toiles qu’il souhaitait léguer à son pays.
Grand observateur des effets de lumière sur l’eau et le ciel. Il crée le mythe d’une nature en mouvement perpétuel.
Une passion pour les crépuscules et les effets scintillants de la lumière solaire filtrant à travers la brume londonienne l’incita à consacrer un nombre infini d’aquarelles à ce thème. Ses œuvres les plus importantes demeurent les panoramas italiens baignant dans une atmosphère de songe, et dans lesquels se diffusent mystérieusement une lumière froide, jaunâtre et argentée. La plus grande partie de ses études est aujourd’hui regroupée à « La Tate Gallery » de Londres, alors que son œuvre majeure : une marine qui représente un vieux navire de guerre, « le Téméraire » remorqué vers son dernier mouillage, est conservée à la « National Gallery ».
Disciple de Cozens (dessinateur et peintre britannique d'origine russe, Alexander Cozens fut, avec son fils John Robert Cozens, l'un des principaux aquarellistes du XVIIIe), dont il copia les œuvres s’initiant à la finesse et au raffinement des coloris. C’est sa rencontre avec le peintre Thomas Girtin (1775–1802, artiste peintre et aquafortiste anglais qui a joué un rôle majeur en établissant l'aquarelle comme un art reconnu.), vers 1795, qui lui permettra d’acquérir une technique plus libre alors qu’il était resté attaché à la tradition du XVIIIe, renonçant ainsi à la base monochrome traditionnelle.

« Constable perçoit dans un paysage que l’herbe est humide, les prés sont plats et les branches ombreuses, c’est-à-dire ce que pourrait apprendre un faon ou une alouette intelligents, Turner perçoit d’un regard la totalité de la réalité visible accessible à l’intelligence humaine » John Ruskin.

« Un même jaune intolérable envahit toute chose : bateaux ou édifices, eau ou marins, maisons ou chevaux tout est jaune, rien que jaune, violemment contrasté avec le bleu. Avec son imagination, plus grande que son œuvre que dans celle des autres maîtres contemporains, imagination qui concerne spécialement la peinture de paysage, Turner a dégénéré dans une mesure tellement inacceptable qu’on ne peut voir ses travaux sans éprouver de la gêne…Chez Turner, nous sommes dans une région qui n’existe dans aucune partie du monde. »
(Thé British Presse à propos deux toiles : « Cologne » et « Le forum Romain »)

De 1789 à 1793 il fréquenta les cours de la Royal Academy.
Il consacra les premières années de son activité picturale à l’aquarelle, il va à l’aide de ce matériau donner une vision très personnelle et romantique du paysage. Au cours de sa jeunesse, il va parcourir son pays natal, avec le topographe Thomas Malton.

-1794 : Il participe aux réunions du Médecin Thomas Monro qui l’incite à copier les paysagistes traditionnels.

-1796 : Il expose une peinture à l’huile « Pêcheurs en mer » à la Royal Academy et dès lors la peinture à l’huile va devenir la part la plus importante de son œuvre, bien qu’il ne délaisse pas pour autant l’aquarelle.

-1798 : Rencontre de Sarah, veuve du musicien John Danby, dont il aura deux filles.

-1800 : Il expose à la Royal Academy « La cinquième plaie d’Égypte), le duc de Bridgewater lui commande alors une marine.

-1802 : Il est élu membre de la Royal Academy. Premier voyage en France également en Suisse ; Il découvre les Alpes et peut admirer les œuvres d’art rassemblées par Napoléon, à Paris.

-1804 : Il va inaugurer sa propre galerie.

-1805 : De nouveau en Angleterre, il aborde des thèmes contemporains, en particulier avec sa toile « Le Naufrage », exploitant des observations personnelles.

-1807, marque une rupture, du moins un ralentissement avec le paysage historique, pour celui des scènes de la vie champêtre de son pays et de nombreuses études sur la campagne Anglaise. (Tamise près de Walton bridge 1807), (Matin de gel 1913)… Cependant il ne renonce pas aux thèmes historiques contemporains comme :
(Bataille de Trafalgar 1808).
(Tempête de neige : Hannibal traversant les Alpes 1812)… Cette peinture a pour origine le voyage du peintre dans les Alpes, qui lui firent une profonde impression. Le paysage est grandiose et plus dramatique qu’en Angleterre. Il découvre les pics enneigés, les avalanches qui détruisent les forêts, les glaciers immenses, les blocs de rochers un spectacle à la fois magnifique et parfois terrifiant, la nature y est impressionnante. Il décide alors de raconter ce choc dans l’épisode de la traversée des Alpes par l’armée d’Hannibal soldats, éléphants sont pris dans le tourbillon d’une tempête de neige apocalyptique.

-1808 : Publication de la deuxième et troisième partie de « Liber Studiorium », un album de gravures qu’il terminera en 1819 sur le modèle de « Liber Varitatis » de Claude Lorrain.

-1810 : Il séjourne dans le Yorkshire et commence ses cours sur la perspective jusqu’en 1828 à la Royal Academy.

-En Août 1819 : D’un premier voyage en Italie, il ramène de grandes aquarelles transparentes de Venise (San Giorgio vu de la Dogana 1819)…
Des huiles dont : (Rome vue du Vatican 1820 voyage qu’il terminera en 1820.
C’est à partir de cette date également qu’il va évoluer du clair-obscur de sa première période vers une intensification de la lumière. Sa peinture est moins dramatique, tend vers plus de luminosité après la découverte des jaunes de l’Italie, des lumières de Venise…Turner recompose l’image de la réalité et la restitue par les vibrations de la couleur.

-De 1820 à 1830, une période qui marque une évolution dans sa manière de peindre, combinant à la fois la lumière du « Lorrain » : (Claude Gellée, dit le Lorrain, Chamagne, Vosges, v. 1600 - Rome, 23 novembre 1682, figure emblématique du paysage de style classique, peintre Lorrain) et la perspective classique. Il utilise des bleus vifs, des rouges, des bruns, abandonnant la structure tonale dans ses grandes œuvres. Lumières et couleurs sont alors traitées dans un esprit d’abstraction sans précédent. Ces œuvres de son vivant ne furent jamais exposées. Progressivement il se dirigea vers une totale liberté d’expression. La production de ces années attire le plus encore de nos jours car elles représentent l’aboutissement de son évolution de peintre, vers une certaine forme d’abstraction, incomprise du temps de ses contemporains.

- 1824 : Il termine « la bataille de Trafalgar » commandée par Georges IV pour le palais St James

-1828 : Il est à Petworth dans le Sussex et entreprend une série de tableaux pour Lord Egremont. Enseigne jusqu’à cette date en tant que professeur à la Royal Academy (la perspective). En Août entreprend un second voyage en Italie qui se terminera en février de l’année suivante.

- 1832 : Voyage à Paris.

-16 octobre 1834 : l’incendie du Parlement à Londres, l’édifice sera presque entièrement détruit, une foule énorme se presse pour assister au « spectacle ». Cet événement va inspirer à Turner plusieurs études, il remplit son carnet de dizaines de notes et de croquis au crayon à l’aquarelle. Il profite de cette occasion pour étudier d’après nature cette scène de destruction et de ruines. Ce sera la source de plusieurs peintures retraçant la violence du feu. Il fit alors des expériences de plus en poussées avec l’emploi de la couleur, et aboutit ainsi à des œuvres où la couleur se retrouve chargée d’une forte puissance émotive telle.
(1838 : Combat du Téméraire).
Ses peintures deviennent de plus en plus centrées sur une composition tel un tourbillon, le sujet sortant d’une structure centrale que balayent des séries de courbes.

-1840 : Rencontre avec John Ruskin (8 février 1819 / 20 janvier 1900, écrivain, poète, peintre et critique d'art britannique, issu d’une famille d’origine écossaise), devient son admirateur et son ami.

-1842 : Il expérimente des formes nouvelles, octogones, carrés…Et cherche à accentuer la composition « centrifuge» de ses toiles. (Tempête de neige en mer : vapeur au large de l’entrée du port faisant des signaux dans un haut fond et navigant à la sonde. L’auteur était dans cette tempête la nuit où l’Ariel quitta Harwich). Turner se fera attaché au mât du navire et il écrira plus tard :

« Je me fis attacher au mat pour pouvoir observer la tempête. Je restai attaché pendant vingt-quatre heures et je ne pensai pas survivre et je me sentis obligé de la représenter si je vivais. »

cependant, malgré les explications de Turner, la critique sera effarée et très négative devant ce tableau, sujet et drame semblant disparaître.

L’on peut dire que les œuvres de Turner reposent sur l’observation naturaliste, mais très éloignée de la minutie scrupuleuse du courant Préraphaélites, (Mouvement artistique né au Royaume-Uni au milieu du XIXe siècle : En opposition à l'académisme Victorien, prônant la pureté artistique des primitifs Italiens, prédécesseurs de Raphaël, dont ils imitent le style, en privilégiant, le réalisme, le sens du détail et les couleurs vives…) ou du style analytique des Impressionnistes, ses œuvres sont plutôt inspirées par une sensibilité romantique. Les Romantiques tel le poète allemand Novalis étaient convaincus que « dans chaque caillou, se cache un message chiffré », aussi les artistes abordent-ils la nature d’une manière plus complexe qu’auparavant, on a tendance à saisir et synthétiser l’aspect réel et l’aspect irréel de la force en mouvement dégagé par les phénomènes naturels. Dissolution de la lumière, brumes flottantes, solitude silencieuse, tonnerre des avalanches et cascades, épaisseur inquiétante du brouillard… En Angleterre, on assiste à cette époque à un retour poétique et spirituel lié à la nature. (William Blake, (Londres, 28 novembre 1757 –12 août 1827, peintre et poète Pré-Romantique.) le paysage retrouve ainsi une importance artistique, se prêtant à un renouvellement de la composition.

Son œuvre est largement représentée dans les musées de Londres, aquarelles et dessins (British museum), peintures 282 (Tate gallery, National gallery) dont 182 inachevées et d’autres dispersées dans de nombreux musées de Grande-Bretagne, aux États-Unis, le Louvre possédant un :
(Paysage avec une rivière et une baie 1835-40) qui compte parmi les plus étonnantes vues « inachevées » de Turner.

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