"L'artiste doit avoir quelque chose à dire, puisque sa tâche ne consiste pas à maîtriser la forme, mais à adapter cette forme au contenu".
"Je dois demander de ne pas croire que ma peinture cherche à « dévoiler » des secrets sous vos yeux, ou encore que j’aurais (comme certains le croient),inventé un »langage » particulier qui exige d’être « appris » et sans lequel ma peinture ne pourrait être « déchiffrée ». Il ne faut pas compliquer les choses davantage qu’elles le sont en réalité. Mon « secret » réside exclusivement en ceci depuis des années, j’ai acquis (peut-être inconsciemment conquis) l’heureuse faculté de me libérer moi-même (et donc ma peinture) de bruits « parasites », parce que chaque forme est devenue pour moi vivante, sonore et expressive… Et cette faculté s’est également accompagnée de l’heureuse possibilité de puiser, en toute liberté et sans entrave dans le « trésor de formes » infiniment vaste, la forme précise dont j’ai besoin pour ce cas (=cette oeuvre)momentané. Pour cela je n’ai pas à m’occuper du contenu, mais seulement et exclusivement de la forme juste. Et la forme correctement puisée exprime sa reconnaissance en assurant elle-même et toute seule le contenu…Le « contenu » de la peinture est peinture. Rien n’a besoin d’être ici déchiffré : le contenu déborde de joie et parle à celui pour qui toute forme est devenue vivante, c’est-à-dire pleine de contenu. "
Il partagea sa vie entre son pays natal, l‘Allemagne et la France où il vécut jusqu’à la fin de sa vie. Il est à l’origine de mouvements les plus importants dans l’histoire de l’art de la peinture « Post-expressionniste ».
En 1895, alors âgé de 29 ans, il sera chargé de cours à la faculté de droit de Moscou et il s’adonnait à la peinture quand il en avait le loisir. À l’occasion d ‘une exposition qui se déroulait en ville, dont tout le monde parlait, il eut la révélation de l’art moderne. Une série de toiles « Impressionnistes » étaient exposées et Kandinsky en découvrant les "Meules de foin" de Monet reçu un choc. Il réalisait que le sujet ou l'objet perdait de son importance par rapport à l'œuvre peinte. La lumière qui entourait le sujet, « d’immatérialité » le bouleversa. Cette découverte le conduisit vers les chemins de l’abstraction.
Plus tard il dira à sa femme Nina :
« Je me demandais pourquoi le peintre ne dépasserait pas Monet et ne peindrait-il pas librement sans aucune contrainte de la part de l’objet »
Extrait de son livre : « Regards vers le passé »
« Auparavant je ne connaissais que l’art réaliste. Et soudain pour la première fois je voyais un tableau : Ce fut le catalogue qui m’apprit qu’il s’agissait d’une meule. J’étais incapable de la reconnaître. Et de ne pas la reconnaître me fut pénible…Je sentais confusément que l’objet faisait défaut au tableau. Et je remarquais avec étonnement et trouble que le tableau non seulement vous empoignait mais encore imprimait à la conscience une marque indélébile, et qu’aux moments les plus inattendus on le voyait avec ses moindres détails flotter devant les yeux. Tout cela était confus pour moi, et je fus incapable de tirer les conclusions élémentaires à cette expérience. Mais ce qui m’était parfaitement clair, c’était la puissance insoupçonnée de la palette qui jusque-là était cachée et qui allait au-delà de tous mes rêves. La peinture en reçut une force et un éclat fabuleux. Mais inconsciemment aussi l’objet en tant qu’élément indispensable au tableau en fut discrédité. »
Il va décider, de se consacrer entièrement à la peinture, alors marié à Ania Tchimiakine, qui avait pensé avoir épousé un professeur promu à un bel avenir et non pas à un peintre débutant. Ils divorceront, et Kandinsky en 1917 épousera Nina de Andreevsky. Il va quitter Moscou pour se rendre à Munich et y étudier la peinture. Il va suivre les cours de l’Académie Royale et ses progrès rapides lui permettront d’ouvrir pendant un temps, une école. Ce n’est pas pour autant qu’il devient immédiatement un peintre abstrait, les formes dans ses tableaux restèrent identifiables, arbres, maisons, personnages, mais elles n’étaient plus au service du sujet, elles étaient traitées pour elles- mêmes en fonction des harmonies colorées. Bien que ses toiles conservassent un lien avec la réalité, Kandinsky leur donnait déjà une lecture proche de l’abstraction. Il sera bientôt confronté au conservatisme du milieu artistique Munichois.
(S’intéressant au folklore paysan)
À l’origine de la création du mouvement « Blaue Reiter »
Avec sa compagne Gabriele Munter il va voyager : Venise, Odessa, Moscou, Dresde, Tunis… Il se rendra à Paris plusieurs fois et y séjournera, cherchant sa voie. D'éléments graphiques en noir, il finit par faire déborder la couleur des limites du sujet. L'aquarelle sera pour lui le matériau idéal d'expérimentation car plus rapide que la peinture à l'huile pour sa mise en œuvre, il en fera son champ d'expérience favori. "D'impressions" en" improvisations" et "compositions", peu à peu il finit par n'obtenir que des constructions de formes et de couleurs.
Il est d'usage de dire que l'invention de l'abstraction picturale serait l'aquarelle abstraite datée de 1910 mais cette aquarelle était un essai transitoire aux yeux même de son auteur, ce dernier peignit des œuvres figuratives jusqu'en 1913, néanmoins il reste pour l’histoire l’inventeur de l’abstraction.
« Je fus émerveillé par un spectacle inattendu, surpris dans mon atelier même. C’était à l’approche du crépuscule, je revenais chez moi avec ma boîte de couleurs, encore tout plongé dans mon rêve et dans le souvenir du travail accompli, lorsque j’aperçus soudain au mur un tableau d’une extraordinaire beauté, illuminé d’un éclat intérieur. Je restais interdit, puis je m’approchais de ce tableau énigmatique où je ne voyais que des formes et des couleurs dont la teneur me restait incompréhensible. Immédiatement je trouvais la clef de l’énigme : C’était un tableau que j’avais peint et qui appuyé au mur était posé de côté ».
L’abstraction était déjà dans l’air :
Sans se connaître, Kupka, Picabia… Signaient déjà des œuvres abstraites.
Ce sera néanmoins, Kandinsky qui va devenir l’un des maîtres incontestés de l’abstraction dépassant « l’Expressionnisme » auquel il avait un temps adhéré, et donnant une assise théorique très tôt à ses découvertes. Il va publier :
« Spirituel dans l’art », publication qui aura une très grande influence sur les artistes du monde entier qui ne connaissaient pas encore ses tableaux. Son grand intérêt pour la musique aura également, une grande importance dans l’élaboration de son œuvre picturale, et bien souvent les titres donnés à ses toiles l’attestent, il emploiera une conception musicale de la répartition de la couleur, car selon lui la couleur est motivée par une psychologie qui associe telle couleur à tel sentiment en cela il reste un « Expressionniste »
« Je l’aime (la nature) d’un amour encore plus fort depuis que J’ai totalement cessé de la reproduire »
« Avec le temps, on démontrera de manière frappante que l’art abstrait n’exclut pas l’union avec la nature, mais que cette union est au contraire plus étroite qu’elle ne l’a jamais été dans un passé récent… La peinture abstraite délaisse la « peau » de la nature, mais non ses lois… Ses lois cosmiques. »
« La couleur recèle une force encore mal connue mais réelle, évidente, et qui agit sur tout le corps humain qui, en se combinant avec un jeu formel, produira l’expression, car l’artiste doit avoir quelque chose à communiquer ».
En 1910, Kandinsky tente de se libérer de l’abstraction et dira :
« Il est plus facile de peindre la nature que de lutter contre elle ».
Plus tard en 1912 il écrira :
« L’observateur doit apprendre à voir dans un tableau la représentation d’un état d’esprit, non la représentation de l’objet ».
Nommé professeur au Bauhaus de Weimar en 1921 en Allemagne, il va en rester l’un des maîtres incontestés, il y retrouve Klee qui y enseignait déjà, ainsi que d’autres artistes et proposait un art de plus en plus géométrique ordonné, en monochrome.
En 1926, Il publiait "Point, Ligne, Surface".
Il y restera jusqu’à la fermeture en 1933. Le Bauhaus sera dissous par les nazis et Kandinsky devra se réfugier à Paris. Au Bauhaus, Kandinsky développa une esthétique des symboles, apprenant à ses élèves à observer non pas l'apparence des objets mais les éléments constructifs, ses lois de tension, avec l’utilisation d’éléments géométriques, pour une peinture plus linéaire et des formes dénuées de contour.
Dans les années trente à Paris le Cubisme et le Surréalisme marquent le paysage artistique de la capitale et l’abstraction n’a pas bonne presse, c’est à cette époque que Kandinsky s’installe à Neuilly.
« À Paris personne ne me connaît » dira-t-il.
Il va transformer sa plus grande pièce de son appartement en atelier et y reprendre des expériences de l’époque du Bauhaus, inventant un autre vocabulaire de formes.
C’est en 1939 qu’il peint sa dernière grande et dixième « Composition » (130X195) actuellement au Musée de Düsseldorf. Sur un fond sombre des masses parfaitement réparties, de couleurs chaudes et froides à la même intensité lumineuse. Ces formes sont en suspension dans l’espace, évoquent un cosmos qui serait soumis aux lois d’une parfaite harmonie intérieure.
"Je dois demander de ne pas croire que ma peinture cherche à « dévoiler » des secrets sous vos yeux, ou encore que j’aurais (comme certains le croient),inventé un »langage » particulier qui exige d’être « appris » et sans lequel ma peinture ne pourrait être « déchiffrée ». Il ne faut pas compliquer les choses davantage qu’elles le sont en réalité. Mon « secret » réside exclusivement en ceci depuis des années, j’ai acquis (peut-être inconsciemment conquis) l’heureuse faculté de me libérer moi-même (et donc ma peinture) de bruits « parasites », parce que chaque forme est devenue pour moi vivante, sonore et expressive… Et cette faculté s’est également accompagnée de l’heureuse possibilité de puiser, en toute liberté et sans entrave dans le « trésor de formes » infiniment vaste, la forme précise dont j’ai besoin pour ce cas (=cette oeuvre)momentané. Pour cela je n’ai pas à m’occuper du contenu, mais seulement et exclusivement de la forme juste. Et la forme correctement puisée exprime sa reconnaissance en assurant elle-même et toute seule le contenu…Le « contenu » de la peinture est peinture. Rien n’a besoin d’être ici déchiffré : le contenu déborde de joie et parle à celui pour qui toute forme est devenue vivante, c’est-à-dire pleine de contenu. "
Il partagea sa vie entre son pays natal, l‘Allemagne et la France où il vécut jusqu’à la fin de sa vie. Il est à l’origine de mouvements les plus importants dans l’histoire de l’art de la peinture « Post-expressionniste ».
En 1895, alors âgé de 29 ans, il sera chargé de cours à la faculté de droit de Moscou et il s’adonnait à la peinture quand il en avait le loisir. À l’occasion d ‘une exposition qui se déroulait en ville, dont tout le monde parlait, il eut la révélation de l’art moderne. Une série de toiles « Impressionnistes » étaient exposées et Kandinsky en découvrant les "Meules de foin" de Monet reçu un choc. Il réalisait que le sujet ou l'objet perdait de son importance par rapport à l'œuvre peinte. La lumière qui entourait le sujet, « d’immatérialité » le bouleversa. Cette découverte le conduisit vers les chemins de l’abstraction.
Plus tard il dira à sa femme Nina :
« Je me demandais pourquoi le peintre ne dépasserait pas Monet et ne peindrait-il pas librement sans aucune contrainte de la part de l’objet »
Extrait de son livre : « Regards vers le passé »
« Auparavant je ne connaissais que l’art réaliste. Et soudain pour la première fois je voyais un tableau : Ce fut le catalogue qui m’apprit qu’il s’agissait d’une meule. J’étais incapable de la reconnaître. Et de ne pas la reconnaître me fut pénible…Je sentais confusément que l’objet faisait défaut au tableau. Et je remarquais avec étonnement et trouble que le tableau non seulement vous empoignait mais encore imprimait à la conscience une marque indélébile, et qu’aux moments les plus inattendus on le voyait avec ses moindres détails flotter devant les yeux. Tout cela était confus pour moi, et je fus incapable de tirer les conclusions élémentaires à cette expérience. Mais ce qui m’était parfaitement clair, c’était la puissance insoupçonnée de la palette qui jusque-là était cachée et qui allait au-delà de tous mes rêves. La peinture en reçut une force et un éclat fabuleux. Mais inconsciemment aussi l’objet en tant qu’élément indispensable au tableau en fut discrédité. »
Il va décider, de se consacrer entièrement à la peinture, alors marié à Ania Tchimiakine, qui avait pensé avoir épousé un professeur promu à un bel avenir et non pas à un peintre débutant. Ils divorceront, et Kandinsky en 1917 épousera Nina de Andreevsky. Il va quitter Moscou pour se rendre à Munich et y étudier la peinture. Il va suivre les cours de l’Académie Royale et ses progrès rapides lui permettront d’ouvrir pendant un temps, une école. Ce n’est pas pour autant qu’il devient immédiatement un peintre abstrait, les formes dans ses tableaux restèrent identifiables, arbres, maisons, personnages, mais elles n’étaient plus au service du sujet, elles étaient traitées pour elles- mêmes en fonction des harmonies colorées. Bien que ses toiles conservassent un lien avec la réalité, Kandinsky leur donnait déjà une lecture proche de l’abstraction. Il sera bientôt confronté au conservatisme du milieu artistique Munichois.
(S’intéressant au folklore paysan)
À l’origine de la création du mouvement « Blaue Reiter »
Avec sa compagne Gabriele Munter il va voyager : Venise, Odessa, Moscou, Dresde, Tunis… Il se rendra à Paris plusieurs fois et y séjournera, cherchant sa voie. D'éléments graphiques en noir, il finit par faire déborder la couleur des limites du sujet. L'aquarelle sera pour lui le matériau idéal d'expérimentation car plus rapide que la peinture à l'huile pour sa mise en œuvre, il en fera son champ d'expérience favori. "D'impressions" en" improvisations" et "compositions", peu à peu il finit par n'obtenir que des constructions de formes et de couleurs.
Il est d'usage de dire que l'invention de l'abstraction picturale serait l'aquarelle abstraite datée de 1910 mais cette aquarelle était un essai transitoire aux yeux même de son auteur, ce dernier peignit des œuvres figuratives jusqu'en 1913, néanmoins il reste pour l’histoire l’inventeur de l’abstraction.
« Je fus émerveillé par un spectacle inattendu, surpris dans mon atelier même. C’était à l’approche du crépuscule, je revenais chez moi avec ma boîte de couleurs, encore tout plongé dans mon rêve et dans le souvenir du travail accompli, lorsque j’aperçus soudain au mur un tableau d’une extraordinaire beauté, illuminé d’un éclat intérieur. Je restais interdit, puis je m’approchais de ce tableau énigmatique où je ne voyais que des formes et des couleurs dont la teneur me restait incompréhensible. Immédiatement je trouvais la clef de l’énigme : C’était un tableau que j’avais peint et qui appuyé au mur était posé de côté ».
L’abstraction était déjà dans l’air :
Sans se connaître, Kupka, Picabia… Signaient déjà des œuvres abstraites.
Ce sera néanmoins, Kandinsky qui va devenir l’un des maîtres incontestés de l’abstraction dépassant « l’Expressionnisme » auquel il avait un temps adhéré, et donnant une assise théorique très tôt à ses découvertes. Il va publier :
« Spirituel dans l’art », publication qui aura une très grande influence sur les artistes du monde entier qui ne connaissaient pas encore ses tableaux. Son grand intérêt pour la musique aura également, une grande importance dans l’élaboration de son œuvre picturale, et bien souvent les titres donnés à ses toiles l’attestent, il emploiera une conception musicale de la répartition de la couleur, car selon lui la couleur est motivée par une psychologie qui associe telle couleur à tel sentiment en cela il reste un « Expressionniste »
« Je l’aime (la nature) d’un amour encore plus fort depuis que J’ai totalement cessé de la reproduire »
« Avec le temps, on démontrera de manière frappante que l’art abstrait n’exclut pas l’union avec la nature, mais que cette union est au contraire plus étroite qu’elle ne l’a jamais été dans un passé récent… La peinture abstraite délaisse la « peau » de la nature, mais non ses lois… Ses lois cosmiques. »
« La couleur recèle une force encore mal connue mais réelle, évidente, et qui agit sur tout le corps humain qui, en se combinant avec un jeu formel, produira l’expression, car l’artiste doit avoir quelque chose à communiquer ».
En 1910, Kandinsky tente de se libérer de l’abstraction et dira :
« Il est plus facile de peindre la nature que de lutter contre elle ».
Plus tard en 1912 il écrira :
« L’observateur doit apprendre à voir dans un tableau la représentation d’un état d’esprit, non la représentation de l’objet ».
Nommé professeur au Bauhaus de Weimar en 1921 en Allemagne, il va en rester l’un des maîtres incontestés, il y retrouve Klee qui y enseignait déjà, ainsi que d’autres artistes et proposait un art de plus en plus géométrique ordonné, en monochrome.
En 1926, Il publiait "Point, Ligne, Surface".
Il y restera jusqu’à la fermeture en 1933. Le Bauhaus sera dissous par les nazis et Kandinsky devra se réfugier à Paris. Au Bauhaus, Kandinsky développa une esthétique des symboles, apprenant à ses élèves à observer non pas l'apparence des objets mais les éléments constructifs, ses lois de tension, avec l’utilisation d’éléments géométriques, pour une peinture plus linéaire et des formes dénuées de contour.
Dans les années trente à Paris le Cubisme et le Surréalisme marquent le paysage artistique de la capitale et l’abstraction n’a pas bonne presse, c’est à cette époque que Kandinsky s’installe à Neuilly.
« À Paris personne ne me connaît » dira-t-il.
Il va transformer sa plus grande pièce de son appartement en atelier et y reprendre des expériences de l’époque du Bauhaus, inventant un autre vocabulaire de formes.
C’est en 1939 qu’il peint sa dernière grande et dixième « Composition » (130X195) actuellement au Musée de Düsseldorf. Sur un fond sombre des masses parfaitement réparties, de couleurs chaudes et froides à la même intensité lumineuse. Ces formes sont en suspension dans l’espace, évoquent un cosmos qui serait soumis aux lois d’une parfaite harmonie intérieure.
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